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Elle a bon dos l’oenologie

Elle a bon dos l’oenologie

Oe-no-lo-gie, en veux-tu, en voilà ! Ce mot est dans toutes les bouches. C’est à la mode, on ne sait pas exactement ce que ça signifie, mais pour faire simple ça parle de vin. Et le vin, on aime.
Pourtant, je parierais volontiers la plus belle bouteille de ma cave que 9 personnes sur 10 mourraient d’ennui pendant une leçon d’oenologie. Car il s’agit en fait de la SCIENCE du vin. La technologie. La chimie. Mais en aucun cas du plaisir de le boire. Pas plus que du plaisir de le découvrir. Eh non.  Donc toutes ces « soirées oenologie », en fin de compte, c’est dire avec un mot scientifique qu’on va boire du bon vin ! Nous y voilà 🙂

Maintenant prenez un instant pour y penser.
Que vous reste-t-il de votre dernière visite dans la cave d’un vigneron ? Vous souvenez-vous du pourcentage de tel ou tel cépage dans l’assemblage de chacune des cuvées ? Ou encore du nombre de mois d’élevage en fût de chêne ?
Permettez-moi d’en douter. Je pense que ce qu’il vous reste aujourd’hui de votre dernière visite de cave, c’est la sensation de fraicheur quand, en plein mois d’août, vous avez descendu les quelques marches qui mènent sous terre. La pénombre, à laquelle les yeux mettent quelques minutes à s’habituer. Cette odeur de terre humide, de bois et de vin mélangés. Les verres sortis d’on ne sait où que vous tend le vigneron. Et sa gueule, au vigneron. Sa peau mordue par le soleil. Son air timide, ours presque. Et puis soudain, cette impression d’avoir changé d’univers quand il commence à vous parler de ses vins. Vous êtes avec lui quand il vous raconte la taille dans la froidure de janvier, l’angoisse en avril, quand le gel est revenu alors que les bourgeons sont déjà sortis. Les sangliers qui ravagent trop souvent. Et cette joie immense quand la vendange est belle. Et vous goûtez. Ce bonheur d’enfant à l’heure de la récré quand il vous présente du saucisson et un morceau de fromage, parce qu’après tout, il est certainement un endroit sur terre où c’est l’heure de l’apéro ! Les langues qui se délient, et les histoires qui fusent. Les quelques bouteilles que vous calez sous votre bras, pour partager avec les copains en rentrant. Puis la volée de marches, vers la lumière aveuglante cette fois. Et le soleil de plomb qui vous cueille. D’un coup d’un seul, les quelques verres de vin se font sentir. Cette pause bienfaisante à l’ombre d’un arbre, les pieds dans le ruisseau, avant de reprendre la route.
Parce que c’est ça le vin. De l’émotion en bouteille.
Derrière la haute porte bleue du Château des Bachelards

Derrière la haute porte bleue du Château des Bachelards

Derrière la haute porte bleue du Château des Bachelards se cache le secret de grands vins de gamay.

Ce domaine viticole de la commune de Fleurie, dans le Beaujolais, produit du vin depuis plus de mille ans. A l’origine, la vigne fût plantée sur ces terres par les moines. Comme l’explique si bien Alexandra de Vazeilles, propriétaire, œnologue et maître de chai, si les romains plantaient de la vigne partout où ils allaient, les moines, eux, ne la plantaient que dans les lieux les mieux adaptés. Or sur les sols anciens de granite noir et rose de la région, le gamay offre sa plus belle expression.

Les raisins sont issus de six hectares d’un seul tenant autour du château, complétés par quelques hectares dans les crus les plus septentrionaux. En blanc, du chardonnay pousse au pied de la roche de Solutré.

Le vignoble est conduit avec pour ligne directrice une recherche permanente d’équilibre. Une densité élevée de plantation permet d’augmenter la concurrence entre les pieds, et les force à plonger profondément dans le sol pour se nourrir. Ainsi ils drainent la quintessence de ce terroir de granite qu’aime tant le gamay. En parallèle, la vigne a, par endroits, été remplacée par des vergers d’arbres fruitiers et des haies, afin d’accueillir insectes et chauves souris et rétablir ainsi le biotop là où la vigne avait par trop pris le dessus. Un essaim d’abeilles a même élu domicile au grenier, signe d’un environnement sain.

Il va de soi que tous ces efforts pour laisser la nature s’exprimer dans les vins bannit toute utilisation d’intrants chimiques, à la vigne comme à la cave. Les vins sont en bio et biodynamie, certifiés par Ecocert et Demeter.

Les vinifications se font sur place. Tous les vins passent en bois : foudres, demi-muids et barriques d’un deux et trois vins. Et à ma grande surprise, rien ne transparaît à la dégustation.

Les blancs sont d’une fraicheur et d’une pureté cristalline. Le Pouilly Fuissé offre une palette d’agrumes et de minéralité (sublime sur des huîtres), tandis que le Pouilly Vinzelles présente un peu plus de gras.

En rouge, Esprit de Finesse (sur granite rose) et Esprit de Géométrie (sur granite noir) représentent, à mes yeux, une merveille de délicatesse, de complexité et de profondeur. Et les tanins n’en finissent pas de durer. Si le premier développe des notes de poivre noir, et d’iris, le second est plus marqué par le fruit et sa trame est plus puissante.

« J’ai eu la chance de vivre 15 ans aux Etats-Unis, à une époque où un Margaux ou un Latour valaient le prix d’un T-Bone pour deux. J’ai donc fait mon palais par le haut », explique simplement la Contesse de Vazeilles quand on la questionne sur ses vins.

Fleurie Le Clos, couronne la gamme. Le gamay est issu des vignes du clos attenant au château. Il est curieux de constater comme parfois, le gamay évoque la Bourgogne…

Petite Fleur est une cuvée plus simple, plus légère, sur le fruit, pour ces moments si plaisants de déjeuner improvisé avec des amis de passage.

Enfin, le Saint Amour est de tous le plus viril. Charpenté, riche, doté d’une belle matière et d’une grande gourmandise, il ravit les amateurs de vins rouges plus corsés.

Toutes les cuvées existent en magnum, sauf le Saint Amour. « Parce que j’ai des principes, le Saint Amour ça se boit à deux. Et puis quand on ouvre un Saint Amour, il faut garder de l’énergie… » Et oui, elle est comme ça la truculente Alexandra !

 

 

 

Le blanc du volcan

Le blanc du volcan

Il est des vins qui ne laissent pas indifférent. Ce vin blanc en fait partie.

La robe dorée et brillante invite à la dégustation.

Le nez puissant évoque immédiatement la minéralité si particulière des roches volcaniques, accompagnée de notes iodées. Viennent ensuite les épices, le citron et les fruits blancs bien mûrs.

L’entrée en bouche est franche, directe, et annonce un vin sans compromis. L’équilibre subtil se joue entre largeur et relief. Et puis surtout, il y a ce toucher de bouche si particulier qu’offrent les rares vins blancs de macération. Le jus a connu la peau pendant 12 heures, et le vin s’en souvient.

La puissance de cette cuvée est également due à des raisins vendangés tardivement dans la saison, et donc gorgés de soleil, de sucres et d’arômes. Le vin est pourtant vinifié en sec, c’est-à-dire que les sucres résiduels sont presque imperceptibles. D’où une incroyable puissance aromatique et une teneur en alcool non négligeable.

Sur la terre volcanique de Santorin, dans les Cyclades, en Grèce, Haridimos Hatzidakis cultive ses vignes depuis une vingtaine d’années. Le climat est rude : un soleil chaud et un vent constant, qui sèchent les vignes et grillent le raisin. C’est pourquoi traditionnellement, les ceps de vigne sont conduits en corbeille. Le vigneron taille chaque pied pour lui donner une forme de nid, abritant ainsi les raisins du vent et les protégeant du soleil. Les vignes du domaine sont exposées nord, nord-est, offrant ainsi un sursis de fraîcheur.

Cette cuvée Nykteri est le témoignage des méthodes ancestrales de fabrication sur l’île de Santorin. Dérivé du grec Nykta [la nuit], car les raisins étaient traditionnellement vendangés à la douceur du soir, et macéraient en cuve à la fraîcheur de la nuit.

Enfin, pour la petite histoire, ce vignoble a la particularité d’être ‘franc de pied’, c’est à dire non-greffé. En effet, la terre volcanique sur laquelle il pousse l’a protégé du phylloxera, ce parasite qui décima le vignoble européen il y a de ça bientôt 150 ans.

A mes yeux ce vin n’est pas parfait, il est lumineux, et c’est tellement mieux ! Il y a quelque chose de magique dans la rencontre entre tous ces facteurs si singuliers. Alors d’où vient cette puissante émotion de dégustation ? C’est un mystère, pourvu que le mystère demeure.

« Les mûres ont des abeilles »

« Les mûres ont des abeilles »

Une vague de fumée s’infiltre par la mince ouverture. Elle embaume les épines de pin et les feuilles de romarin. Puis le toit se soulève. L’éclatant soleil du mois d’août pénètre entre les cadres. L’homme et la femme en chapeau blanc se tiennent debout, le regard habité par cet émerveillement dont ils ne semblent jamais se départir. Ils soulèvent l’un des cadres centraux qui abritent les larves. Presque toutes les cellules sont scellées à la cire. D’ici peu, de nombreuses toutes jeunes abeilles verront le jour. Pour le moment, la ruche entière s’active à les nourrir : du miel pour les futures ouvrières, de la gelée royale pour celles qui, un jour peut-être, deviendront reines dans de nouveaux essaims. Et au beau milieu de cette agitation, la reine, plus grande que toutes les autres, circule et inspecte.

Une abeille vient de se poser. Elle est chargée de pollen et se met à danser pour attirer l’attention de la communauté. Elle a trouvé un champ. Un magnifique champ en pleine floraison. Quelle aubaine pour nourrir la ruche !

Les grandes mains du chapeau blanc replacent le cadre central et en sortent deux autres, aux extrémités. Ici, les cellules sont d’une couleur beaucoup plus claires. Elles sont gorgées de miel et de pollen, garde manger pour la ruche.

Ils remplacent ces cadres par de nouveaux, vierges encore. C’est le moment de la récolte, le miel va être extrait et mis en pots.

Soudain un bruit intense et de plus en plus proche met les abeilles en alerte. Un frelon vient de pénétrer dans la ruche. Voleur de miel, tueur d’abeilles. Les ouvrières font bloc, le frelon ressort brièvement. Mais avant qu’il n’ait le temps de revenir, le chapeau blanc l’écrase et remet le toit sur la ruche.

Quel beau métier… « Happyculteur, personne qui fait son miel des petits bonheurs de l’existence. » Alain Crehange

Article inspiré par la visite de Dias Apiary, Céphalonie, Grèce

NOTA : Le titre de cet article est une citation d’André Frédérique.

Petite histoire de la gabare

Petite histoire de la gabare

L’histoire commence en 1152, lorsqu’Aliénor d’Aquitaine épouse Henri II d’Angleterre. Ce mariage rattache l’Aquitaine au Royaume d’Angleterre, offrant au port de Bordeaux un superbe débouché. Bordeaux devient la principale voie d’exportation vers l’Europe du Nord, par l’Atlantique. S’ouvre alors pour les vignerons bordelais une époque faste.

En bons commerçants, ils contrôlent les entrées et sorties du port, et en particulier la distribution des vins des venus du Haut Pays toulousain, notamment les vins de Gaillac.

En effet, il n’aura échappé à personne que la ville de Gaillac est située au beau milieu des terres. Avant l’avènement du chemin de fer, la seule voie de commerce était donc la rivière, en l’occurrence le Tarn, puis la Garonne, qui conduisaient les marchandises vers Bordeaux. C’est ici qu’entre en jeu la gabare, bateau à fond plat qui transportait les tonneaux de vins sur les rivières.

Ces fameuses gabares arrivaient donc à Bordeaux chargées de vins du Haut Pays. Le vin était alors exporté par les négociants bordelais, sous le nom de « vins de Gaillac », mais également assemblés à leurs propre production lorsque celle-ci était trop légère. On parlait alors de « vins médecins », utilisés en fortifiants pour les vins de Bordeaux.