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Derrière la haute porte bleue du Château des Bachelards se cache le secret de grands vins de gamay.

Ce domaine viticole de la commune de Fleurie, dans le Beaujolais, produit du vin depuis plus de mille ans. A l’origine, la vigne fût plantée sur ces terres par les moines. Comme l’explique si bien Alexandra de Vazeilles, propriétaire, œnologue et maître de chai, si les romains plantaient de la vigne partout où ils allaient, les moines, eux, ne la plantaient que dans les lieux les mieux adaptés. Or sur les sols anciens de granite noir et rose de la région, le gamay offre sa plus belle expression.

Les raisins sont issus de six hectares d’un seul tenant autour du château, complétés par quelques hectares dans les crus les plus septentrionaux. En blanc, du chardonnay pousse au pied de la roche de Solutré.

Le vignoble est conduit avec pour ligne directrice une recherche permanente d’équilibre. Une densité élevée de plantation permet d’augmenter la concurrence entre les pieds, et les force à plonger profondément dans le sol pour se nourrir. Ainsi ils drainent la quintessence de ce terroir de granite qu’aime tant le gamay. En parallèle, la vigne a, par endroits, été remplacée par des vergers d’arbres fruitiers et des haies, afin d’accueillir insectes et chauves souris et rétablir ainsi le biotop là où la vigne avait par trop pris le dessus. Un essaim d’abeilles a même élu domicile au grenier, signe d’un environnement sain.

Il va de soi que tous ces efforts pour laisser la nature s’exprimer dans les vins bannit toute utilisation d’intrants chimiques, à la vigne comme à la cave. Les vins sont en bio et biodynamie, certifiés par Ecocert et Demeter.

Les vinifications se font sur place. Tous les vins passent en bois : foudres, demi-muids et barriques d’un deux et trois vins. Et à ma grande surprise, rien ne transparaît à la dégustation.

Les blancs sont d’une fraicheur et d’une pureté cristalline. Le Pouilly Fuissé offre une palette d’agrumes et de minéralité (sublime sur des huîtres), tandis que le Pouilly Vinzelles présente un peu plus de gras.

En rouge, Esprit de Finesse (sur granite rose) et Esprit de Géométrie (sur granite noir) représentent, à mes yeux, une merveille de délicatesse, de complexité et de profondeur. Et les tanins n’en finissent pas de durer. Si le premier développe des notes de poivre noir, et d’iris, le second est plus marqué par le fruit et sa trame est plus puissante.

« J’ai eu la chance de vivre 15 ans aux Etats-Unis, à une époque où un Margaux ou un Latour valaient le prix d’un T-Bone pour deux. J’ai donc fait mon palais par le haut », explique simplement la Contesse de Vazeilles quand on la questionne sur ses vins.

Fleurie Le Clos, couronne la gamme. Le gamay est issu des vignes du clos attenant au château. Il est curieux de constater comme parfois, le gamay évoque la Bourgogne…

Petite Fleur est une cuvée plus simple, plus légère, sur le fruit, pour ces moments si plaisants de déjeuner improvisé avec des amis de passage.

Enfin, le Saint Amour est de tous le plus viril. Charpenté, riche, doté d’une belle matière et d’une grande gourmandise, il ravit les amateurs de vins rouges plus corsés.

Toutes les cuvées existent en magnum, sauf le Saint Amour. « Parce que j’ai des principes, le Saint Amour ça se boit à deux. Et puis quand on ouvre un Saint Amour, il faut garder de l’énergie… » Et oui, elle est comme ça la truculente Alexandra !