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A St Lambert, au sud de Pauillac, le domaine des Sadons glisse ses 87 ares de vignes entre les parcelles de Grands Crus dont la réputation n’est plus à faire. Il dénote, et pour cause ! Les ceps ont été plantés sur les terres familiales : merlot, cabernet sauvignon et petit verdot déploient leurs quelques rangs sur ce qui fût longtemps le potager et la bergerie.

Qui dit domaine atypique, dit vigneron à rencontrer ! Alain Albistur est un passionné. Ouvrier de chai dans un Grand Cru Classé de Pauillac, il a engrangé une riche expérience et mène aujourd’hui de front l’exploitation de son domaine et son emploi salarié.

Une part conséquente du travail est réalisée à la vigne, où une grande attention est portée à la qualité et à la santé des ceps. La vendange (manuelle) est ensuite transportée au chai qu’Alain a construit lui même. Vous l’aurez compris, le personnage se donne les moyens de ses ambitions. « Je suis basque et têtu », dit-il avec une pointe de fierté et un sourire bien accroché aux lèvres.

Les fermentations se font en cuves béton, puis l’élevage en barriques.

A la dégustation, le 2013 est dominé par le fruit, avec une entrée en bouche vive, une trame acide prononcée et des tanins bien intégrés. La bouteille déjà débouchée de plusieurs heures offre un vin ouvert. En goûtant plus tard chez moi ce même 2013 juste à l’ouverture de la bouteille, le contraste est marqué. Les tanins encore jeunes demandent du temps pour se fondre dans le vin, et la structure prend le dessus sur le fruit. Au final, une bouteille qui signe un joli potentiel de garde et mérite d’être oubliée quelques temps en cave.

Le 2014 est plus marqué par le bois, traduisant bien la volonté d’Alain d’augmenter la part de barriques neuves à l’élevage. Il m’avait prévenue avant, et pour moi qui suis plutôt réfractaire à un boisé trop présent, la surprise était plaisante ! Le nez est plus puissant, marqué par des arômes de garrigue et de laurier. L’entrée en bouche se fait ronde et dense, soutenue par une belle structure tout en finesse. Il n’est pas encore en bouteille… une bonne raison de revenir l’année prochaine !!

Ah ! Et que faire de ce nom de « domaine », au milieu de la presqu’île médocaine qui se targue de si nombreux « Châteaux » ? Pour la petite histoire, un « sadon » désigne une ancienne mesure utilisée en agriculture, de 100 pieds de large par 200 de long, ce qui représentait environ une journée de travail pour un ouvrier agricole. On en compte donc 9 sur le domaine.

Et maintenant en cuisine, ce Pauillac accompagnera avec joie un gigot de 7h !