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Les vins de la région de Gaillac sont deux fois millénaires. Cette longue histoire parle de cépages longtemps oubliés comme le braucol, le verdanel ou le prunelart.

Le domaine Plageoles les remet au goût du jour, non seulement en faisant le choix délibéré de les cultiver au détriment de cépages plus « commerciaux », mais plus encore en travaillant ses cuvées en mono cépage afin de faire ressortir l’expression de la variété, alors que Gaillac vinifie principalement en assemblages.

Les Hommes

La septième génération travaille aujourd’hui les vignes du domaine Plageoles près de Gaillac. C’est une longue histoire de famille, presque une dynastie.

Robert Plageoles, le grand-père, est une véritable figure de proue dans le monde viticole. « Il y a encore des visiteurs qui demandent à être reçus par Robert Plageoles… sans savoir qu’il s’est depuis longtemps retiré de l ‘activité, et que son fils lui-même est proche de la retraite », me confie Florent, l’un de ses petits-fils. C’est un immense héritage et pourtant, difficile de se faire une place au soleil quand on marche dans l’ombre d’un géant.

Mais peu à peu, la figure de Robert laisse place aux jeunes, et le flambeau est repris par Florent et Romain, avec l’appui de leurs parents qui ont largement contribué à faire du domaine ce qu’il est aujourd’hui.

La Terre

La région de Gaillac est répartie en 3 grands terroirs :

  • le plateau cordais, composé de calcaire, sur la partie nord
  • un terroir alluvionnaire le long de la vallée du Tarn
  • les Premières Côtes, exposées sud et composées de marnes et argiles

Le domaine se situe sur les Premières Côtes, en bordure du plateau cordais. Les vignes sont travaillées dans le respect du sol, sans engrais chimique ni désherbant. Les vins sont ensuite élaborés avec les levures indigènes (c’est-à-dire celles présentes naturellement sur le raisin). À usage de test, une parcelle est actuellement cultivée selon les principes de la biodynamie.

Le Vin

En visitant les caves, on tombe sur des objets surprenants. Au détour d’une cuve, apercevant une pièce de tissu qui aurait pu appartenir à la tunique de toile de Cyrano de Bergerac, je pose la question. Il s’agit de l’une des pièces d’un « filtre à manches », outil utilisé dans l’élaboration du Mauzac Nature (le vin effervescent). En faisant passer le vin à travers ces fameuses manches, on filtre les bourbes et on calme la fermentation. On peut ensuite mettre le vin en bouteille. La fermentation reprend tranquillement dans le flacon, laissant apparaître les bulles. Contrairement à un vin de champagne, il n’y a pas ici de dégorgement, c’est à dire que les levures restent dans la bouteille… attention, celles-ci sont parfois farceuses !

Le Mauzac Nature est l’un des deux vins historiques du vignoble de Gaillac. Le second est appelé « Vin de Voile ». Il s’agit d’un vin oxydatif élaboré de manière similaire à un Vin Jaune du Jura.

Florent explique que l’arrière-grand-père ne faisait que deux cuvées : le Mauzac Nature, qu’il basculait en Vin de Voile lorsque le premier avait trop vieilli. La légende voudrait que ce savoir-faire ait été apporté du Jura par les prêtres redescendant en Espagne. Une autre version, plus pragmatique, précise que le vin était soutiré au domaine directement depuis les tonneaux. Si bien qu’arrivé vers le fond du tonneau, le vin restant était oxydé sous son voile de levure, d’où la naissance de ce Vin de Voile.

Mais les Plageoles ne s’en tiennent pas là, avec leurs quelques 15 cuvées ! On se régale de vins blancs secs, avec le Mauzac vert, l’Ondenc et le Verdanel (mon coup de cœur blanc), puis en rouge avec le Braucol, la Syrah, le Duras en deux versions et le Prunelart (à découvrir !) Vient ensuite un demi-sec, le joli Mauzac ni roux – ni vert, et enfin les vins doux avec une très belle cuvée de Muscadelle, de l’Ondenc, du Mauzac roux, et du Loin de L’œil (ou Len de L’el en occitan).

Santé !